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(12) : Ce dont témoignent, notamment, les éditos de cette revue pour les numéros 1 à 156, rédigés en fonction des circonstances et… pas toujours « consensuels » : « Écrits pour être lus aussi par les élus municipaux et cantonaux, ces éditoriaux mettent souvent plus l’accent sur les réponses urgentes aux problèmes relatifs à ces patrimoines (surtout le naturel) que sur la description de leur attrait culturel ou paysager, lequel est développé dans chaque numéro par les nombreux textes d’auteurs, dont Fernand Nicolas. » (Georges Bellicot) (13). Travaux résultant d’un état de délabrement avancé de l'édifice : pierre malade et « rongée », approche des tours dangereuse. Fernand Nicolas, dans la foulée, fit éditer en 1972 par le Groupe 71 un opuscule intitulé Le Vieux Saint-Vincent de Mâcon, préfacé par Raymond Oursel, directeur des Archives départementales de Saône-et-Loire, et conclu par le conservateur de musée et historien régionaliste Émile Magnien. Ce premier succès ne doit pas occulter le fait que Fernand Nicolas, dans ses fonctions de président d’association, essuya aussi des échecs, parmi lesquels figurent le projet de création d’un « musée de la route, au point de vue infrastructure » (projet qu’il présenta initialement au sénateur-maire d’Autun Marcel Lucotte) ou son souhait de voir expropriés les propriétaires des terrains constituant la réserve naturelle de La Truchère. (14) : « Si le nom de Saône-et-Loire est encore mal connu, eh bien faisons-le connaître. Le refouler derrière « Bourgogne-du-Sud », ou toute autre appellation, c’est maintenir l’ignorance, c’est renoncer à en faire une image prestigieuse, c’est un peu une trahison. » expliquait Fernand Nicolas en 1985 après avoir précisé que le terme « Bourgogne » ne recoupait que partiellement la Saône-et-Loire, seule une partie du département se rattachant à la Bourgogne historique. Une critique sévère que ce chauvin départemental réitéra en septembre 2003, lorsque le conseil général de Saône-et-Loire envisagea de changer le nom du département en « Bourgogne-du-Sud » : « Saône-et-Loire est un nom magnifique, plein de dynamisme : il va aux deux mers, l’Océan et la Méditerranée, il est le seul à présenter ce caractère d’ouverture composée qui n’est pas déchirure. Il est aussi un pont, un passage. Un nom comme Bourgogne-du-Sud évoque une dépendance, une servitude, une perte d’identité, de liberté. On devient un appendice. » (15) : Fauteuil auquel il succéda à Henri Emmanuel Perthuis de La Salle (1882-1977), qui y avait été élu en 1951. Son discours de réception, prononcé le 1er juin 1978, eut pour intitulé : Méditations d’un scientifique. Le docteur Louis Combaud y répondit : « Vous avez une qualité fondamentale, aussi rare que remarquable, vous êtes très éclectique. ». (16) : Après en avoir été secrétaire adjoint, secrétaire général adjoint, vice-président (1986) et président (1987). Le titre de secrétaire général (autrefois : secrétaire perpétuel) conférait à son titulaire la direction de l’Académie. Toutefois, lorsque Fernand Nicolas devint secrétaire général, il fit réformer les statuts de la société savante et œuvra pour que son président retrouve les pleins pouvoirs que lui accordaient le titre (le secrétaire général redevenant un administratif). (17) : Optimiste mais… réaliste, comme Fernand Nicolas l’écrivait en décembre 2000 : « Certains s’étonnent parce qu’ils me savent optimiste et qu’il m’arrive de tenir des propos pessimistes. Qu’on ne s’y trompe pas : le courage n’est pas l’absence de peur. Et il est certain qu’on peut s’inquiéter de certains aspects de l’avenir. On peut se contenter de gémir ou de fuir. On peut aussi essayer de faire front. » (18) : Dont une moitié en rapport avec des sujets scientifiques. Dans les Annales de l’Académie figurent le texte de soixante-quatre « correspondances données à l’académie » (période : de 1977 à 2011). (19) : Eclectique mais… ne se passionnant pas pour tout : « Il ne s’intéressait pas du tout aux sports. C’était une prise de position, affirmée sans doute depuis toujours. » (Henri Nicolas).  (20) : Certaines ont été publiées à compte d’auteur en l’an 2000, avec pour titre : Douze douzaines de Fernandises et Recettes de langue à la française avec sel, poivre, moutarde, quelques épices et vin blanc. (21) : Marguerite, née le 9 août 1923 à Chalon-sur Saône, dont le père était professeur de mathématiques au lycée de la ville. Elle avait obtenu le CAEC (section « Sciences physiques et naturelles ») en 1946 et enseigna jusqu’en 1983. (22) : Fernand Nicolas, qui accorda une relative importance à ses voitures – ne lui permettaient-elles pas de sillonner la Saône-et-Loire à sa guise ? – avait un faible pour les automobiles de la firme aux chevrons. Des voitures qui eurent toutefois à « répondre » à un style de conduite que les « circonstances » pouvaient rendre chaotique, comme l’a raconté Georges Berthoud dans un récit confirmant que Fernand Nicolas était curieux au volant… comme il l’était dans la vie : « Les mises à fond de la pédale de freinage signifiaient la perception d’un paysage, d’un mammifère, d’un volatile ou d’un végétal dignes de figurer sur la pellicule pour faire l’objet d’une future projection. ».  Remerciements à Évelyne Fénart-Omnès, Marie-Thérèse et Gérard Guénot, Michel Jacquot, Paul Nicolas et Jean Tonneau.  (1) : Par emploi réservé, ayant été blessé à Verdun.  (2) : D’abord à Caluire (69) puis au centre de formation des aspirants du Fort Neuf à Vincennes, centre qui se replia finalement à Bordeaux où, à l’arrivée des troupes allemandes, les militaires des FTA furent virtuellement faits prisonniers. Des dispositions permirent la libération des troupes présentes à Bordeaux, et Fernand Nicolas fut évacué vers Béziers. (3) : Fernand Nicolas fut envoyé en Lozère, pour encadrer, puis on l’affecta à un autre groupement, où il fut chef de chantier (dans différentes communes du Languedoc). (4) : Après-guerre, Fernand Nicolas deviendra officier de réserve spécialiste d’état-major (ORSEM). Il sera plus tard capitaine puis chef d’escadron honoraire. Un parcours dans la réserve qui lui vaudra la croix d’officier du Mérite militaire. (5) : Et non dans un établissement de Chalon-sur-Saône, cette ville ne disposant pas, alors, de deux postes disponibles dans la même spécialité. Le lycée Lamartine, qui avait pour origine un établissement fondé au XVIIe siècle par les Jésuites, était alors installé en centre-ville, rue Georges-Leconte (ce n’est qu’en 1959 que, devenant « lycée général et technologique », il fut transféré à la périphérie de la ville). Fernand Nicolas y débuta officiellement à la rentrée de 1948, après y avoir été affecté quelques années plus tôt en tant qu'adjoint d'enseignement, le temps de terminer ses études et de décrocher son concours. (6) : Société qui avait été fondée en tant que Société d’histoire naturelle le 5 mars 1893 et qui avait fusionné en 1913 avec une autre société naturaliste de Mâcon : l’Association mâconnaise des amis des sciences naturelles, créée en 1877. La nouvelle société avait fusionné au printemps 1936 avec la Société de mycologie, qui avait été fondée le 31 janvier 1928. Fernand Nicolas succéda à ces fonctions au docteur Louis Combaud, président provisoire – puis président d’honneur – de cette société savante qui venait d'être ranimée.  (7) : « [J’ai], le premier, rappelé aux autorités compétentes qu’il ne s’agit pas à La Truchère de clore et de laisser faire la nature mais de gérer un ensemble : substrat géologique, faune et flore. » écrivait Fernand Nicolas début 1991. En 1969, le ministère des Affaires culturelles et celui de l’Agriculture avaient décidé la réalisation d’un pré-inventaire départemental des richesses naturelles, auquel les sociétés naturalistes avaient été associées. Fernand Nicolas avait alors fait inscrire, en urgence numéro une, la basse vallée de la Seille, démarche qui fut à l’origine du décret de classement de la réserve naturelle de La Truchère, paru le 3 décembre 1980 et portant sur un territoire de 93 hectares. Toutefois, ce décret ne donna lieu, sur le terrain, à aucune réalisation concrète. Aussi, en juillet 1985, Fernand Nicolas était-il reçu à Mâcon par Huguette Bouchardeau, ministre de l’Environnement, en présence du préfet de Saône-et-Loire Gérard Cureau, du maire de Mâcon Michel-Antoine Rognard et de trois parlementaires, pour plaider diverses causes, la première étant la suite à donner à la mise en réserve de La Truchère, insistant sur la nécessité d’une rapide mise en valeur des lieux et de la création d’un comité doté de crédits. Peu après, il était encore reçu par le préfet pour préciser la requête. Interventions efficaces puisque, dans les années qui suivirent, le conseil général acheta une maison et y installa un site d’accueil doublé d’un local pour les scientifiques, le conservatoire des sites naturels bourguignons étant, quant à lui, désigné pour gérer et animer le site. (8) : Association fondée, en premier lieu, avec l’aide de Jean Chougny, professeur de mathématiques au lycée technique de Mâcon puis au collège Bréart, conseiller scientifique et conférencier attaché à la Protection civile. Au printemps 1968, lors de la préparation d’un voyage d’été de la Société d’histoire naturelle et de préhistoire de Mâcon organisé dans le Briançonnais, Fernand Nicolas, hésitant, s’était confié à lui et avait évoqué son désir de fédérer les nombreux groupes dispersés en Saône-et-Loire. Fernand Nicolas s’en était préalablement entretenu avec René Chasles, chef de service chargé du tourisme à la préfecture de Saône-et-Loire et fondateur de « Saône-et-Loire Tourisme » (fondée dans le giron de la préfecture de Saône-et-Loire). (9) : Pépiniériste à Chalon-sur-Saône, président-fondateur de la Fédération nationale des villes organisatrices de carnavals, président du syndicat d'initiative de Chalon-sur-Saône (à partir de 1949), président de l'Union départementale des syndicats d'initiatives (à partir de 1968), vice-président de la Fédération régionale des syndicats d'initiative, vice-président de Saône-et-Loire Tourisme et membre du comité régional du tourisme. Paul Champion, décédé en 1986, avait été fait officier de l'ordre national du Mérite. (10) : Par démission et après quarante années passées au service du Groupe 71, la longue maladie de son épouse l’ayant durement éprouvé. Fernand Nicolas devint cette année-là président d'honneur du Groupe 71, conservant cependant la direction de la revue de l’association (jusqu’en 2008). (11) : L’association fut même créée pour éditer une revue périodique. Celle-ci, initialement baptisée 71 (la mention « Images de Saône-et-Loire » ne faisant son apparition qu’après une dizaine de parutions), fut finalement publiée au rythme d’un numéro par trimestre.  NOTES SOURCES « Hommage à Fernand Nicolas », Les dossiers de l’Académie de Mâcon, dossier n° 9, juin 2015. Archives du Groupe Patrimoines 71, de la Société d’études du milieu naturel en Mâconnais (Sémina) et de l’Académie de Mâcon. Famille de Fernand Nicolas. Presse quotidienne départementale (Le Courrier de Saône-et-Loire, Le Journal de Saône-et-Loire).   Texte : Frédéric Lafarge Images : Famille Nicolas, Académie de Mâcon, Groupe Patrimoines 71     À la question « Qui fut Fernand Nicolas, fondateur du Groupe 71 en 1969 ? », Images de Saône-et-Loire, au fil de ses deux cents numéros, n’a jamais réellement répondu. La faute, paradoxalement, à une trop grande présence du créateur de cette association départementale dans les pages d’une publication qui, quarante années durant, fut la « sienne ». Il était donc grand temps que cette revue semi-centenaire se penche sur la vie de son géniteur, qui fut le naturaliste érudit et le passionné de patrimoines que l’on sait mais aussi l’un des plus fervents promoteurs – et défenseurs – de la Saône-et-Loire, département dont ce méridional de naissance, Chalonnais puis Mâconnais d’adoption, avait fait sa « petite patrie ».                                               Chalonnais puis Mâconnais d’adoption        Fernand Nicolas ou la vie… passionnément ! Fernand Léon Nicolas, fils d’Alexandre Nicolas, maître d’hôtel à bord des paquebots de la compagnie de navigation marseillaise Paquet, et d’Élisa Givaudan, est né le 5 juillet 1919 à Marseille, au sein d’une famille modeste dans laquelle six enfants virent le jour (Fernand étant le quatrième). Arrivé à Chalon-sur-Saône en 1929, lorsque son père, devenu éclusier sept ans plus tôt (1), y fut affecté avec la responsabilité de l’écluse dite « du port du canal » (aménagée là où le canal du Centre rencontrait alors la Saône), il entra au petit séminaire de Paray-le-Monial où, d’octobre 1930 à juillet 1937, il fit ses études secondaires. Malheureusement, s’il décrocha son baccalauréat en 1938, il fut peu après stoppé dans ses études. Fernand, mobilisé, servit en effet au sein des forces terrestres anti-aériennes d’avril à juin 1940 (2), avant d’être incorporé dans les Chantiers de la jeunesse française de juin 1940 à sa libération en avril 1943 (3) et… d’être mobilisé de nouveau, pour six mois environ, dans la foulée de la libération de Chalon-sur-Saône, au titre de la classe 39-2. Heureusement, le jeune aspirant de vingt-cinq ans, qui occupait les fonctions de chef des transports au centre de permissionnaires de Beaune, fut autorisé à se rendre une fois par semaine à Dijon pour y suivre les cours de licence à l’université, ce qui ne l’empêcha pas d’être promu sous-lieutenant après avoir effectué une mission à Lindau, en Allemagne occupée, pour y passer le brevet de chef de section (4). En novembre 1945, définitivement libéré de ses obligations militaires, il fut licencié ès sciences, obtenant les certificats d’études supérieures de géographie-physique, chimie générale et géologie (certificats complétés par celui de physique générale délivré par la faculté des sciences de Lyon en février 1946). C’est au cours de ces études dijonnaises qu’il rencontra celle qui, le 20 septembre 1946, devait devenir son épouse : Marguerite, licenciée ès sciences comme lui. Après avoir fréquenté le laboratoire de géologie de la faculté des sciences de Clermont, il décrocha un diplôme d’études supérieures (DES, ancienne préparation aux agrégations) de géologie, réalisant pour cela une étude du massif cristallin de Fleurie, en Beaujolais. Puis, en 1948, il fut reçu au certificat d’aptitude à l’enseignement dans les collèges (CAEC), dans la section « Sciences physiques et naturelles », et entama dès lors une carrière d’enseignant. On le nomma aussitôt professeur de sciences naturelles au lycée Lamartine de Mâcon (5) où, jusqu’en 1981, année de sa retraite, il sut faire partager sa passion pour sa matière, parvenant même à marquer certains de ses élèves d’une empreinte profonde. Ce poste lui servit également à s’insérer dans le milieu mâconnais, auquel il était absolument étranger.                                                                            Fernand Nicolas le naturaliste        Fernand Nicolas attendit cependant les années soixante pour se faire connaître. C’est en effet en 1961 qu’il redonna vie, avec Jean Combier et les frères André et Marcel Jeannet, à une vieille société mâconnaise depuis longtemps endormie : la Société d'histoire naturelle et de mycologie de Mâcon (6), association dont il fut élu président le 29 mars 1963 – fonctions qu’il devait occuper pendant près de cinquante ans… – et qu’il dota presque aussitôt d’une revue scientifique qui ne tarda pas à s’imposer dans le milieu des naturalistes, nommée Terre vive. Une association qu’il sut faire évoluer et qui devint en 1979 la Société d’études du milieu naturel en Mâconnais (Sémina). « C’est avec cette association que vous avez commencé à œuvrer à Mâcon » lui rappelait Jean Combier en 1996. Dans les faits, Fernand Nicolas repéra très tôt la lente dégradation de l’environnement, constatant combien l’activité de l’homme, sans cesse plus vaste, bouleversait les conditions normales de l’équilibre naturel. « Notre civilisation, celle que nous faisons actuellement, volontairement, consciemment, allègrement, est celle du super, de l’hyper, c’est-à-dire du démesuré, de l’hypertrophié, du Diplodocus. Se faisant, elle se condamne à mort. » écrivait en 1973 celui qui déplorait la croissance économique sans borne, la consommation à outrance, le « toujours plus » et ses ravages. Ainsi fut-il l’un des tout premiers à parler d’écologie, à une époque où ce mot était, pour ainsi dire, inconnu. Une « science » nouvelle que cet homme épris de nature « théorisa » dès la fin des années soixante, en la définissait en ces termes : « Non pas le refus systématique de toute intervention humaine, non pas un ensemble de manifestations à banderoles, mais une science de synthèse, un essai d’interprétation globale de la biologie de toutes les espèces, donc une nouvelle vision du monde vivant, un nouvel humanisme même, une nouvelle philosophie très exigeante, ni rassurante ni déprimante. »    Écologiste affirmé, Fernand Nicolas, également passionné de géologie, amateur de botanique par son épouse Marguerite et grand spécialiste des oiseaux après y avoir été « initié » par son fils aîné Paul, n’eut de cesse d’agir en faveur de la nature, sachant, lorsqu’il le fallait, interpeller les pouvoirs publics, « provoquer » des réunions et mener des actions de sensibilisation de l'opinion. Membre de commissions spécialisées (remembrement, faune…) et de structures officielles, il eut à exercer diverses responsabilités, entre autres celles de conseiller biologiste auprès de la préfecture de Saône-et-Loire et d'expert en écologie auprès du préfet de la région Bourgogne. C’est d’ailleurs en tant que membre de la commission des sites de Saône-et-Loire que Fernand Nicolas, homme de terrain devenu « homme de réseaux », parvint à la fin des années quatre-vingts, à force d’opiniâtreté, à « donner corps » à la réserve naturelle de La Truchère qui avait été créée fin 1980 sur les rives de la basse Seille (7) et, un peu plus tard, à obtenir une reconnaissance officielle de la valeur naturelle de la partie haute de la roche de Vergisson (arrêté préfectoral dit « de protection de biotope » signé en 1991). « Il faut protéger la nature pour protéger la vie de l’homme, sa vie physique et sa vie psychique, pour satisfaire son sens esthétique, un poète sommeillant en chacun de nous. Quels moyens sont à la disposition de ceux qui veulent entreprendre une action ? Citons la création de parcs régionaux, le classement des sites, les lois sur la pollution. »  Mais d’autres « grandes œuvres » mobilisèrent cet homme animé d’un ardent désir de découvrir, d’apprendre et… de faire connaître, notamment dans le domaine du patrimoine historique. Certes, Fernand Nicolas était « naturaliste de base » – quoique physicien de formation – mais il tint à associer à son œuvre fervente pour la sauvegarde de la nature en péril les archéologues, historiens et responsables du tourisme, préoccupés comme lui de protéger monuments et sites et d’en révéler la beauté ou la rareté. Dans ce domaine, s’appuyant sur un petit groupe d’amis (8), celui qui se déclarait « amateur d’art roman en amateur éclairé » fonda le 30 mars 1969, à Tournus, le Groupe 71 (intitulé exact : Groupe 71 pour la connaissance, la protection et la mise en valeur du patrimoine humain et naturel en Saône-et-Loire), association départementale dont il fut longtemps le secrétaire-animateur – sous la présidence de Paul Champion (9) – avant, en mai 1983, d’en être élu président (tout en continuant d’en être l’animateur). Une présidence dont il ne se sépara qu’en 2007 (10). Cette association créée dans la foulée d’un colloque organisé à Mâcon le 8 décembre 1968 sur le thème de la protection des richesses naturelles et « s’intéressant simultanément à la nature, aux sites et paysages, aux monuments majeurs ou mineurs, à l’histoire et aux traditions » se dota aussitôt d'une publication : la revue 71-Images de Saône-et-Loire, publiée pour la première fois en août 1969 (11). S’appuyant sur le Groupe 71 nouvellement créé, il sut œuvrer et fédérer comme il le faisait déjà pour l’environnement (12), et l’une des premières actions du groupe, « association d’hommes libres refusant, dans la pensée comme dans la vie, un laisser-aller pouvant être criminel, finalement », fut le sauvetage, au début des années soixante-dix, du Vieux Saint-Vincent de Mâcon, pour lequel il sut débloquer les rouages administratifs qui permirent la réalisation de travaux d’entretien, de mise en valeur et d’ouverture au public de ce qui restait de la cathédrale romane (13).   Un « Groupe 71 » pour la Saône-et-Loire  Le jeune Fernand entre ses deux frères F. Nicolas avec ses camarades du petit séminaire de Paray-le-Monial (1er rang, 2e depuis la gauche) Carte d’étudiant Un demi-siècle d’Académie  Fernand Nicolas s’illustra également au sein de l’Académie de Mâcon, qu’il intégra comme membre associé en 1963 avant d’être élu au fauteuil n° 11 en septembre 1977 (15). Une institution fondée en 1805 qu’il dirigea de 1989 à 1999, d’abord en tant que secrétaire général puis comme président à partir de 1994 (16). S’il s’investit dans une revigorante réforme des règles de fonctionnement de la société savante, appliquée en 1994 et qui fit de l’Académie de Mâcon un modèle pour ses consœurs de province, il prit aussi sa part dans les travaux qui, dans la seconde moitié des années quatre-vingts, permirent de rénover l’hôtel Senecé, siège de l’Académie depuis 1896, bel hôtel particulier du XVIIIe siècle remis à neuf que le président de la République François Mitterrand inaugura en personne en 1990. Mais d’autres « gros dossiers » occupèrent sa présidence, à côté de son fort investissement dans la préparation des voyages organisés par l’Académie (privilégiant pour cela des destinations hexagonales), entre autres la promotion de la chapelle des Moines de Berzé-la-Ville dont l’Académie était devenue propriétaire en 1947 (avec, en 1994, l’édition du livret-guide intitulé Les Peintures murales à la Chapelle des Moines de Berzé-la-Ville, qu’il écrivit et illustra) et la reconstruction – à l’identique – de la Solitude de Lamartine (ou « pavillon des Girondins »), incendiée le 30 mars 1996 et inauguré dès le 27 juillet 1997. Malgré tout, la présidence de ce touche-à-tout n’excéda pas les cinq ans. « [Son] bilan, somme toute positif, ne fut pas compris et entraîna son éviction de la présidence, lui causant une grande amertume. » a écrit Georges Berthoud, membre de l’Académie. Une déclaration en forme de sentence qui, à sa façon, fait écho à ce que Fernand Nicolas avait déclaré vingt-deux ans plus tôt, lors de son discours de réception à l’Académie : « Je ne puis promettre d’être toujours un enfant sage : il serait trop tard pour commencer ! ». F. Nicolas avec le président de la République François Mitterrand le 12 octobre 1990, lors de l’inauguration de l’hôtel Senecé rénové. Il faut dire que si Fernand Nicolas se voulait l’ami des hommes, il ne fut pas l’ami de tous les hommes. Épris de franchise, ne manquant ni de courage ni de détermination, peu soucieux de se « faire mal voir », cet optimiste à toute épreuve « balayant les grincheux, les pessimistes, les timorés, les défaitistes » (17) avait une forte personnalité. « Parfois il lui arrivait d’affecter une certaine distanciation qui ne pouvait pas plaire à tout le monde. Une attitude qui, heureusement, ne durait pas. » se souvient Henri Nicolas, membre de l’Académie. « Sur le revers de la médaille, il faut noter […] une certaine suffisance qui le portait à se placer un peu au-dessus du vulgum pecus. » précise Georges Berthoud, qui ajoute : « Dix idées par jour sortaient de son cerveau bouillonnant. Il fallait avoir le courage de lui faire remarquer que toutes n’étaient pas applicables… Il y avait alors heurt car sur le moment toute opposition lui était pénible. » Mais… sur le moment seulement, car Fernand Nicolas, homme pragmatique et intelligent, savait ne pas s’entêter, même si ce chantre de l’anti-routine avait pour obsession d’avancer, encore et toujours, pour découvrir et mieux comprendre, quitte à « déranger » et à bousculer les « psychologies trop tranquilles, trop installées ». « Une association vivante ne peut se contenter de répéter les mêmes manifestations, même si elles sont excellentes. Pour éviter l’assoupissement qui précède souvent la sclérose, il est bon de chercher sans cesse de nouveaux axes d’action. » écrivait-il fin 1984, soucieux du devenir des associations qu’il présidait. « Il vous arrive de dire non, y compris à vos amis […]. Ce n’est pas toujours agréable, à dire ou à entendre, [et] cela a pu parfois être à l’origine de certaines difficultés voire d’inimitiés ; mais c’est aussi un de vos mérites. » lui rappelait amicalement Jean Combier en 1996. Société d'histoire naturelle et de mycologie de Mâcon, Groupe 71, Académie de Mâcon : Fernand Nicolas, une bonne partie de sa vie, cumula donc les présidences – les « casquettes », pour reprendre un terme que ses familiers l’entendirent souvent prononcer. Il fut d‘ailleurs appelé au cours de sa carrière à présider aux destinées de deux autres importantes structures : d’une part l'Association départementale des sociétés scientifiques, fondée en 1946, et, d’autre part, l'Association bourguignonne des sociétés savantes, qu’il dirigea jusqu’en 1999, après en avoir longtemps été vice-président, au titre des sociétés de Saône-et-Loire. Des responsabilités associatives qui s’ajoutaient à ses fonctions de délégué départemental de la Ligue pour la protection des oiseaux…  F. Nicolas présente le 6e numéro de la revue (1970). « L’association […], je la connais bien. Je sais particulièrement les sentiments qui l’animent et, sans vouloir la placer en tête, je peux la remercier de ce qu’elle a déjà fait jusqu’à ce jour et je souhaite qu’elle continue. Je suis d’ailleurs persuadé qu’elle réunit les meilleurs éléments du département pour assurer cette importante tâche. » déclarait dès 1974 André Jarrot, ministre de la Qualité de la Vie, que l’animateur du Groupe 71 était allé rencontrer pour le questionner sur le thème de l’environnement. L’association, quarante années durant, devait servir de « bras armé » à celui qui fut l’un des plus actifs promoteurs des richesses de la Saône-et-Loire… et l’un des plus hardis défenseur du département : « Il faut donner au département de Saône-et-Loire la primauté sur la région, qui ne peut être qu’un auxiliaire et non un échelon supérieur. […] Depuis deux siècles [la Saône-et-Loire] c’est une unité territoriale. À nous d’en faire quelqu’un ! » écrivait en 1987 celui qui, toute sa vie, dénonça le parisianisme – mais aussi le… dijonisme – et milita pour la reconnaissance de « la richesse, la qualité, l’unicité de l’être Saône-et-Loire », allant même jusqu’à pourfendre les professionnels du tourisme qui, trop facilement à son gout, remplaçaient « Saône-et-Loire » par « Bourgogne-du-Sud » (14). Un peu plus tard, Fernand Nicolas se lança dans la création d’une maison d'édition, qu’il fonda à Mâcon : les Éditions Bourgogne-Rhône-Alpes, qui publièrent des romans régionalistes et des livres d’histoire locale. Mais cette maison née du Groupe 71 – qui, dès sa fondation, édita des publications en rapport aves ses buts – ne fut pas pérenne et cessa son activité dès 1979 (ses stocks étant rachetés par le Groupe 71). « Essayez de créer une petite maison d’édition. Non, n’essayez pas ! Nous avons fait l’expérience et savons qu’il faut "de gros moyens" pour avoir quelque chance ! » écrivait Fernand Nicolas, amer, en 1982.  Mais s’il ne cessa d’écrire, Fernand Nicolas ne cessa, non plus, de… photographier. L’acte de photographier, naturel chez lui – au point qu’il le pratiquait en tout lieu et en toute saison – était chez lui un réflexe, ayant notamment un don pour capter la lumière et saisir l’insolite. « Il savait ouvrir les yeux et ses appareils photo sur mille choses » se souvient Henri Nicolas. Au point qu’il constitua au fil des années un extraordinaire fonds d’images – fait de diapositives davantage que de retirages photographiques – dédié à ces patrimoines qu’il chérissait tant, consistant en des monuments, des détails architecturaux, des chefs d’œuvres de l’architecture vernaculaire, des paysages, et, bien sûr, des éléments de la faune et de la flore (l’homme-photographe n’hésitant pas, en ces deux matières, à adopter la position la plus « improbable » si elle lui garantissait l’obtention du cliché voulu !). Cette grande passion eut des utilisations à la fois nombreuses et « transverses » : les clichés pris – plus avec le souci d’être pédagogue que de faire œuvre d’artiste – servirent souvent aux revues Terre vive et Images de Saône et Loire ou… à illustrer ses interventions ou celles de son épouse !  La passion d’écrire et de photographier  Pendant toutes ces années, Fernand Nicolas, en écrivain boulimique, ne cessa d’écrire, rédigeant quantité d’articles, entre autres pour les revues trimestrielles Terre vive (quelque 230 articles parus de 1963 à 2011, auxquels s’ajoutent les éditos des numéros 1 à 156) et Images de Saône-et-Loire (76 articles parus de 1971 à 2010). Sans parler de la cinquantaine de communications que cet homme bavard prononça à l’Académie de Mâcon de 1977 à 2011 (18). Autant d’écrits qui permirent à cet auteur éclectique de donner libre cours à ses idées, dans les nombreux domaines qui le passionnaient : environnement, ornithologie, minéralogie, physique, astronomie, histoire et préhistoire, syntaxe et lexicologie, architecture, mathématiques, etc. (19). Mais il sut aussi se faire lire du grand public, et publia pour cela plusieurs livres, entre autres Saône-et-Loire en 600 questions (chez Archives & culture, en 1996), Brancion, au cœur d'un pays âpre et charmeur (aux éditions du Groupe 71, en 2001), Histoire de l'Académie de Mâcon. Deux cents ans de réflexion et d'activités (aux éditions de l’Académie de Mâcon, en 2006) et Richesses en Mâconnais : Nature, sites, villages (aux éditions de l’Académie de Mâcon, en 2008). Il signa en outre dans Le Journal de Saône-et-Loire, pendant des années, une chronique hebdomadaire intitulée « Le Petit Fernand », écrite avec verve sur le thème de la grammaire et de l’orthographe et qui valut à cet amoureux de la langue française – et du jeu de mots : Fernand Nicolas, en homme enjoué, avait le sens de l’humour ! – une abondante correspondance (20).  Pas de Fernand sans… Marguerite !  La vie de ce couple très uni, des décennies durant, avait été rythmée par la préparation de cours et la correction des copies, une forte implication dans la vie d’associations et de sociétés, nombre de soirées passées à honorer des invitations, les allez et venues que « l’homme à la DS Citroën » (22) effectuait continuellement chez l’imprimeur de « ses » revues, la préparation de conférences – et, parfois, de colloques – et, même, par des cours donnés, alternativement, par les époux à la Maison des jeunes et de la culture de l’Héritan le vendredi soir (suite à la création d’un club d’ornithologique et d’un autre de botanique). Des cours complétés par quantité d’interventions pleines de vie dont les sujets furent variés – aussi bien les oiseaux et leurs migration que la montagne ou le monde des astres… – et que le « jeune retraité » effectua dans les écoles de Mâcon et des environs, y consacrant trois après-midis par semaine à la fin des année quatre-vingts !  Fernand Nicolas, après quelques années passées à la résidence pour personnes âgées installée rue des Épinoches, rejoignit en mars 2013 la résidence départementale d’accueil et de soins de la rue Jean-Bouvet de Mâcon ; il y mourut le 22 juin 2014, à l’âge de 94 ans. Ses obsèques furent célébrées en l'église Notre-Dame de la Paix de Mâcon et sa dépouille transportée au cimetière Saint-Brice de la ville. « Notre président fondateur n’est plus, mais il reste l’état d’esprit qu’il a voulu donner lors de la création de cette association départementale pour la connaissance, la protection, la mise en valeur du patrimoine naturel et humain de la Saône-et-Loire. La richesse d’inspiration de l’initiative de Fernand Nicolas demeure aujourd’hui bien vivante. » déclara Annie Bleton-Ruget, présidente du Groupe Patrimoines 71, lors de ses obsèques. Son épouse Marguerite, professeur au lycée de Jeunes Filles de Mâcon (devenu collège d’enseignement secondaire en 1968, actuel collège Louis Pasteur) avant d’être nommée au lycée Lamartine (21), était décédée sept ans plus tôt, le 12 janvier 2007, des suites d’une longue maladie. Le couple avait eu trois enfants : Paul, Pierre et Marie-Geneviève, nés en 1948, 1950 et 1957.  Sept ans plus tard, il fut []promu commandeur des palmes académiques, recevant la cravate des mains de Jean-Patrick Courtois, maire de Mâcon, sénateur de Saône-et-Loire et… l’un de ses anciens élèves au lycée Lamartine lors d'une cérémonie organisée le 7 juillet 2003 dans le grand-salon de l'hôtel de ville de Mâcon. Fernand Nicolas était entré dans cet ordre ministériel par décret du Premier ministre du 21 juillet 1969, et avait reçu la rosette d’officier le 12 novembre 1975 au musée des Ursulines, des mains de l’inspecteur d’académie Lefebvre, à qui l’érudit avait répondu : « Je n’ai pas de mérite… Car je m’amuse ! ».   Au numéro 5 de la rue Beau-Site…  Cette vie eut d’abord pour « cadre » un appartement situé au n° 4 de la rue de la Paroisse à Mâcon puis, à partir de février 1958, un pavillon que les époux Nicolas se firent construire à Flacé-lès-Mâcon – commune qui ne fut rattachée à Mâcon qu’en 1965 –, à quelques rues du « nouveau » lycée Lamartine, où le couple vécut entouré de connaissances, avec Henri Nicolas pour voisin mitoyen et Georges Vince, professeur de dessin et artiste, de l’autre côté de la rue. Un muret portant une glycine séparait cette propriété de la voie publique, derrière lequel Fernand Nicolas, homme continuellement « pressé », ne sut pas longtemps s’adonner aux joies du jardin potager. Aussi les abords de la maison s’orientèrent-ils rapidement vers la simplicité, se muant en refuge accueillant destiné aux oiseaux, fait d’un « dédale de petits sentiers [courant] dans les herbes et les groseilliers ». Mais l’antre de l’érudit fut, on s’en doute, sa demeure. « J’ai le souvenir d’avoir vu des livres un peu partout, dans toutes les pièces. » se souvient Jean-Michel Dulin, ancien président de l’Académie de Mâcon, qui ajoute : « J’ai surtout gardé le souvenir des pièces du sous-sol où, apparemment, il travaillait : une immense table ou plutôt un plateau de plusieurs mètres carrés quasiment recouvert de cartes, livres et autres dossiers. Des rayonnages chargés de livres et dossiers tout autour. »   Des souvenirs que corrobore le témoignage de Sébastien, qui fut l’un de ses neuf petits-enfants : « Au numéro 5 de la rue Beau-Site, où nous passions des journées longues comme peuvent l’être celles de l’enfance, l’activité intellectuelle de Fernand et Marguerite avait des aspects très matériels. La table de ping-pong littéralement recouverte par divers documents. L’agrandisseur couleur trônant au milieu de fossiles, loupes et instruments variés. Des livres et diapositives partout qui, telle une marée, s’étalaient puis refluaient. Un unique fauteuil disait le peu de gout des occupants pour l’immobilité. ». Un piano trônait dans la salle à manger, témoignant du fait que Fernand Nicolas, qui aimait chanter – à la maison comme à l’église ou en chorale –, était grand amateur de musique, à défaut d’être musicien.  En septembre 1996, Fernand Nicolas avait été fait officier de l'ordre national du Mérite, la rosette lui étant remise par Marcel Vitte, son prédécesseur aux fonctions de secrétaire perpétuel de l’Académie : « Vous n’êtes pas un homme facile, vous ne parlez pas la langue de bois, vous parlez vrai ! ». Il était entré dans cet ordre le 12 novembre 1975, la décoration lui étant remise au musée Lamartine par Jean Périer, préfet de Saône-et-Loire : « Vous êtes un enseignant dans le siècle. J'entends par là que votre action n'est pas limitée à votre enseignement. L'Éducation est souvent accusée de ne pas s'ouvrir sur le monde extérieur. Ce n'est pas toujours vrai et vous êtes le symbole de l'enseignant complet, participant à la recherche, à la diffusion des connaissances, à la vulgarisation, à la vie de cité. Vous êtes un chercheur, un animateur, un organisateur. […] Et parce que vous avez confiance en l’homme et que vous le respectez comme vous respectez le buisson, le lézard ou l’oiseau, vous vous refusez à la polémique, aux arguments faciles ou non vérifiés. L’honnêteté intellectuelle est votre règle, l’honnêteté mais aussi l’amour. »    Les honneurs  F. Nicolas à l’Académie de Mâcon vers 2010